13 avril 2006

Je me suis fait coacher et profite de ma retraite

Je n'étais préparé ni matériellement ni psychologiquement à me retrouver à la retraite. Le jour où j'ai eu mes quarante annuités, j'ai quitté mon commerce et j'ai passé la main. Il faut dire que, les six dernières années de mon activité professionnelle, je vivais aveuglé par la quotidienneté : ouverture de la boutique tous les jours de 7 heures à 19h30, plus le dimanche matin et les soirées passées sur la gestion. Tout cela pour gagner difficilement ma vie, alors que j'avais connu auparavant des années de prestige et d'aisance, comme patron et propriétaire de grands magasins.
J'étais seul face à mes angoisses. C'est dire si j'étais déprimé et démotivé sans parler de l'opinion déplorable que j'avais de moi-même - et dans laquelle je me complaisais. Du jour au lendemain, le vide : plus personne ne m'appelait, ne venait me chercher. Plus de clients, plus de fournisseurs, plus d'"enquiquineurs" qui, au moins me donnaient de l'importance. J'en venais presque à regretter mes ennemis...
Ma compagne, plus jeune que moi, continuait de travailler. Elle partait le matin, me laissant seul face au vde et à l'angoisse. Que de regrets, et quel sentiment d'urgence en voyant mes cheveux blancs ! Je ressassais tous mes échecs, personnels et professionnels.
Je me sentais incapable d'affronter l'avenir. Heureusement, ma compagne tenait le coup et me soutenait. Mes amis aussi, qui m'écoutaient me plaindre et me dévaloriser devant eux. Jusqu'au jour ou 'un d'entre eux m'a conseillé d'aller voir un copain de jeunesse dont je n'avais pas de nouvelles et qui était "coach", Claude Malfaye. Au début, cela m'a fait rire, je doutais de cette mode qui veut mettre les coachs partout. Mais, dans l'état où je me trouvais, j'y suis allé. Qusetion de survie.
Grâce à mon coach, j'ai réfléchi sur mes qualités, mes échecs... Claude est quelqu'un qui connaît la vie professionnelle, avec ses ambitions et ses échecs. Je lui ai dit : "Donne moi les moyens de me reconstruire ! "
Nous avons commencé les rencontres au rythme de tous les quinze jours. Au début il m'a écouté. Il m'a fait parler de moi, de ma vie, pour faire un "état des lieux". Il était attentif, plein d'humour et toujours à la bonne distance. Moi qui me sentais tomber dans un puit aux parois glissantes, j'ai commencé à voir des aspérités auxquelles me raccrocher. Claude cherchait à me montrer une voie, mais jamais il ne me proposait des solutions à lui. Nous travaillions ensemble pour débroussailler le terrain, puis je faisais des "devoirs" chez moi. Il me faisait réfléchir sur mes qualités, mes défauts, mes échecs, mes fiertés, mes hontes, les raisons pour lesquelles j'affirmais ceci ou cela, les preuves que j'en avais.... Il suivait une méthode . Constamment il reformulait mes propos, et ce n'est que lorsque nous étions d'accord sur un point que nous passions au point suivant. Il voyait toujours l'aspect positif des choses. Parfois ce m'exaspérait de le voir tout embellir. Je lui en voulait de me sortir de l'état dépressif dans lequel je m'étais réfugié.
J'ai repris confiance et j'envisage ma nouvelle vie sans panique. Petit à petit, je me suis redressé. J'ai cessé de pleurer sur mon sort, j'ai su regarder mes échecs, j'ai appris à me déplacer comme les singes, sans jamais quitter une branche pour en saisir une autre, j'ai fait l'effort de chercher en moi le positif, là où il était caché.... Jamais auparavant je n'avais fait un tel travail.
J'ai repris confiance. Enfin j'ai pu envisager la vie qui s'ouvrait devant moi sans panique. Grâce à Claude et à ses questions, j'ai réalisé que je voulais trois choses. D'abord retrouver un certain prestige. J'ai un grand besoin de reconnaissance et si elle vient à manquer je me déteste. Ensuite occuper mon temps. Enfin gagner de l'argent. Cela m'éloignait, certes du monde associatif , mais c'était indispensable car ma retraite ne suffit pas à couvrir toutes mes charges.
Depuis deux mois, je suis agent commercial en immobilier, un statut compatible avec ma retraite. Et, pour ce qui est de l'engagement associatif, je me suis inscrit dans un parti politique et je compte faire la campagne présidentielle de 2007.
Grâce à mon coach, je me suis redressé. peut être aurais-je pu le faire autrement, mais je voulais ni thérapie ni psychanalyse. Je ne prétends pas être "guéri", j'ai toujours mes névroses, mes phobies, mais j'ai retrouvé confiance en moi, je peux m'aimer un peu. Et profiter du temps de ma retraite.
Propos recueillis par Sylvaine de Paulin et publié dans le journal "Notre Temps" de mai 2006